L’île de Pâques
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Mercredi, 15 Juillet 2009 22:17

L’île de Pâques (en espagnol Isla de Pascua, en langue māori Rapa Nui « la grande lointaine ») est une île isolée dans le sud-est de l’océan Pacifique, particulièrement connue pour ses statues monumentales, les moaïs et son unique écriture océanienne, le rongorongo.
L’île, qui est une province du Chili, a pour coordonnées : [Montrer la localisation sur une carte interactive] 27°09′S 109°27′W / -27.15, -109.45. Elle se trouve à 3 700 km des côtes chiliennes et à 4 000 km de Tahiti, l’île habitée la plus proche étant Pitcairn à plus de 2 000 km à l’ouest. Son chef-lieu est Hanga Roa et l’île couvre 162,5 km² et comptait 3 304 habitants en 2002.
Elle fut visitée par le premier Européen, le navigateur néerlandais Jakob Roggeveen, le jour de Pâques, le 5 avril 1722, et comptait alors près de 4 000 habitants. Elle fut annexée par l’Espagne en 1770 et devint possession chilienne en 1888.Depuis 1995, le patrimoine exceptionnel de l’île est protégé et inscrit au Patrimoine mondial de l'Humanité par l'UNESCO. Des parcs ou réserves naturelles, parfois surveillés, enserrent les zones des vestiges. La communauté rapanui veille jalousement sur les traces de son histoire et constitue un pouvoir parallèle au gouvernement officiel chilien.
Cette île formant la limite est de l’Océanie, est célèbre pour les vestiges mégalithiques des Rapanui (premières civilisations pascuannes). Le patrimoine archéologique comprend près de 300 autels de pierres taillées en terrasses — les ahû — et environ 900 statues de pierres — les moaïs — d’environ 4,50 m de haut.
La carrière de Rano Raraku est creusée sur les flancs et dans le cratère d’un volcan, on peut y voir un très grand nombre de moaïs. Certains sont terminés et dressés au pied de la pente, d’autres encore dans différents états, de l’ébauche à la quasi-finalisation.
En dehors de ce patrimoine spectaculaire, les premières civilisations pascuanes ont laissé des tablettes et des sculptures en bois, des pétroglyphes dont la signification précise n’est pas encore déchiffrée, mais dont les répétitions de symboles (par exemple : oiseau-pénis-poisson-vulve-humain) ont été rapprochées des refrains traditionnels des hymnes généalogiques polynésiens (« les oiseaux ont copulé avec les poissons et ainsi ont été engendrés les premiers hommes »). L’origine des différentes vagues de peuplement est controversée (il semblerait qu'ils soient d'origine polynésienne) mais il est acquis que la langue māori est austronésienne, avec toutefois des mots communs aux langues d'Amérique du Sud (par exemple « kumara », la patate).
Icône de détail Articles détaillés : Peuplement de l'Océanie et Langue austronésienne.
On pense que l’île a été découverte par des Polynésiens (le roi Hotu Matu'a). Il y a 5 000 ans (3 000 av. J.-C.), des habitants du littoral de la Chine du Sud, cultivateurs de millet et de riz, commencent à traverser le détroit pour s’installer à Taïwan. Vers 2 000 av. J.-C., des migrations ont lieu de Taïwan vers les Philippines. De nouvelles migrations commencent bientôt des Philippines vers Célèbes et Timor et de là, les autres îles de l’archipel indonésien. Vers 1 500 av. J.-C., un autre mouvement mène des Philippines en Nouvelle-Guinée et au-delà, les îles du Pacifique. Les Austronésiens sont sans doute les premiers navigateurs de l'histoire de l’humanité.
Les Polynésiens, sur des catamarans, seraient partis des îles Marquises pour échapper au surpeuplement, à des guerres ou à une catastrophe naturelle. Les premiers moaïs ressemblent beaucoup aux tikis que l’on peut voir dans les îles de Polynésie (Hiva Hoa des Marquises, Tahiti…). Depuis les années 1950, la date du peuplement de l’île est estimée à 400 +/- 80 ans par des mesures au radiocarbone. De nouvelles études ont mis en évidence des pollutions sur les mesures effectuées impliquant un âge plus récent. Les dernières mesures en 2006 de radiocarbone proposent des implantations beaucoup plus récentes, vers 1200, dans un secteur autre que le littoral.
L’île de Pâques est surtout connue pour le mystère, longtemps inexpliqué, qui entourait la fabrication, mais surtout le transport, de blocs de basalte allant de 2,5 à 20 m de haut et l’élévation des moaïs. Un mystère qui ne fut éclairci que lorsque l'on comprit que l'île n'avait pas toujours été déboisée, et après que des reconstitutions des méthodes employées eurent été faites sur le terrain.
D'autres interrogations portaient sur la découverte des plaquettes de bois couvertes de signes (les plaquettes Rongo-Rongo) qui restent en partie indéchiffrables malgré la traduction partielle de Steven Fischer, contestée par les linguistes spécialisés dans la langue austronésienne (qui voient des groupes verbaux, nominaux ou des phrases là où lui trouve des symboles conceptuels). Bien que toute la Polynésie soit jalonnée d'écritures, ces plaquettes ajoutent au mystère de l’île de Pâques car elles sont uniques en leur genre (la culture polynésienne étant considérée comme de tradition orale).
Les premiers migrants avaient réussi à construire, à partir de ressources très limitées, une société technologiquement avancée. Ils avaient dressé des centaines de statues. Les importantes ressources en arbres dont ils disposaient disparurent dés les premiers siècles le long de la côte. Dès l’an 1600, l’île aurait perdu la majeure partie de sa végétation. Les habitants subirent des luttes tribales et à partir de cette époque la construction des plateformes cérémonielles ralentit considérablement. Puis l'esclavage pratiqué par les blancs extermina un tiers de la population.
Moaï
Les moaïs, localement moai, sont les statues monumentales en basalte de l’île de Pâques. Leur taille varie de 2,5 à 9 mètres, pour un poids moyen de 14 tonnes. Toutes sont des monolithes tournés principalement vers l’intérieur de l’île à l'exception du Ahu Akivi dont les Moais regardent l'océan.
On ne sait à peu près rien des raisons qui ont poussé les Rapanui (peuple d'origine de l'Île de Pâques) à les ériger à un rythme de plus en plus frénétique et en taille de plus en plus colossale, épuisant sans doute une partie significative des ressources de « l’île la plus isolée du monde » dans cette pénible industrie. On ignore aussi pratiquement tout des rites qu’ils pratiquaient. Les statues sont cependant liées à un ancien culte des ancêtres selon les archéologues.
Les reconstitutions en cours permettent cependant, petit à petit, de comprendre les techniques mises en œuvre.
Par exemple, deux thèses différentes s’opposent pour expliquer leur méthode de transport : les statues auraient été déplacées grâce à des rondins de bois sur lesquels les pierres étaient tirées grâce à des cordes ; ou bien déplacées debout grâce à de légers balancements sur leur base arrondie, les pierres auraient ainsi pu être dirigées grâce à des cordes tout en les gardant debout.

Dans leur état final d’origine, les moaïs avaient des yeux blancs fait de coraux et l’iris rouge (tuf volcanique) ou noir (obsidienne). Certains moaïs portent une sorte de chapeau (le pukao) fait d’une roche friable plus légère que le reste de la statue.
Ce culte prit fin subitement lors d’une catastrophe écologique qui priva l’île de tous ses arbres et par là de toute ressource en bois. Un culte nouveau, celui de « l’homme oiseau », se mettait en place quand l’île fut découverte le 5 avril 1722 par un marin hollandais, Jacob Roggeveen. L’évangélisation massive de la population fit disparaître toute trace des anciens cultes de sorte que jusqu’à la mémoire de cette civilisation fut perdu
Histoire de la découverte
Le premier Européen à avoir aperçu ces îles, fut en 1687, le « pirate » Edward Davis à bord de son navire le Bachelor’s Delight alors qu’il voulait contourner les îles Galápagos au large du cap Horn. Il aperçut l’île plutôt par hasard et crut avoir trouvé le légendaire continent du Sud. Cependant, aucun débarquement ne suivit sa découverte.
Son nom actuel vient du Hollandais Jakob Roggeveen qui y accosta, parti en expédition avec trois navires sur ordre de la Société commerciale des Indes occidentales. Il la découvrit le dimanche de Pâques 1722. Il l’appela Paasch-Eyland (île de Pâques). Le Mecklenbourgeois Carl Friedrich Behrens participait à l’expédition et son rapport publié à Leipzig orienta l’attention de l’Europe vers cette région du Pacifique à peine connue. À l'époque de cette découverte, neuf vai'hu (clans familiaux) se partageaient l'île : Aka'hanga, Anakena, Heiki'i, Mahetua, Taha'i, Tepe'u, Tongariki, Va'i Mata et Vinapu. Leurs territoires se rencontraient au centre de l'île, en un lieu (sacré, et réservé aux palabres) appelé Te pito o te fenua (« le nombril de la terre » souvent traduit à tort comme "le nombril du monde"). Les ahu (plate-formes à moaï) étaient aussi appelés Mat'a kite u'rani (les yeux qui regardent le ciel ou du ciel, ce qui est logique pour des représentations d'ancêtres divinisés, mais a été interprété par les européens de manière parfois très fantaisiste).
L’explorateur suivant fut l’Espagnol Felipe González de Haedo qui avait reçu du vice-roi du Pérou l’ordre d’annexer l’île Roggeveens pour le compte de la couronne espagnole. L'expédition de González de Haedo débarqua le 15 novembre 1770. Après une visite rapide et très partielle de l'île, exploration d'une demi-journée dans un seul secteur, après un contact amical avec une population à structure sociale hiérarchisée, Felipe González de Haedo décide d'annexer cette terre (il ne pense pas qu'il s'agit de l'Île de Roggeveen) à la couronne d'Espagne et la nomme Île de San Carlos. Il fit planter plusieurs croix sur la pointe du Poike. Durant les années qui suivirent, l’Espagne ne se soucia que très peu de sa nouvelle possession. Preuve fut faite en cartographie qu'il s'agissait bien de la découverte du Hollandais Roggeveen, donc cette terre lointaine ne pouvait appartenir à l'Espagne.
Au cours de sa deuxième expédition du Pacifique Sud, James Cook a visité du 13 mars 1774 au 17 mars 1774 l’île de Pâques. Il n’a pas été enthousiasmé par l’île et a écrit dans son livre de bord : « Aucune nation ne combattra jamais pour l’honneur d’avoir exploré l’Île de Pâques, […] il n'y a pas d'autre île dans la mer qui offre moins de rafraîchissements et de commodités pour la navigation que celle-ci.Cependant, son séjour a apporté des constatations essentielles sur la constitution géologique, la végétation, la population et les statues — qui avaient déjà été renversées dans leur majorité. Nous devons de posséder des images témoins de cette époque au naturaliste allemand Johann Reinhold Forster et son fils Johann Georg Adam Forster qui participaient à l’expédition Cook. Reinhold Forster a dessiné les premiers croquis des statues (moaïs) qui, gravés et publiés dans un style alors typiquement romantique, firent sensation dans les salons.
En 1786, débarqua sur l’île de Pâques le comte français Jean-François Galaup de La Pérouse lors de sa circumnavigation terrestre effectuée sur l’ordre du roi Louis XVI. La Pérouse avait l’ordre de dessiner des cartes précises afin de contribuer, avec l’étude des peuples du Pacifique à la formation du dauphin.

Plan de l’île levé par Pérouse">La Pérouse en 1797.
Les maladies introduites par des explorateurs européens comme la tuberculose et la syphilis ont provoqué une diminution constante de la population. Un chapitre particulièrement sombre est écrit à ce sujet par un marchand d’esclaves péruvien qui fit armer plusieurs navires en 1862 et kidnappa, lors de plusieurs raids, probablement plus de 11407 insulaires pour les envoyer comme main d’œuvre servile aux exploitations des îles Guano. Tout cela, ajouté à des épidémies constantes à partir de 1864 provoqua la dramatique diminution de population dont le nombre chuta à 111 personnes en 1877. Le peuple Rapanui faillit disparaître de la planète.
En 1882, la canonnière allemande S.M.S. Hyäne (la Hyène) visita durant cinq jours l’île de Pâques au cours d’une expédition dans le Pacifique. Le capitaine-lieutenant Geiseler avait l’ordre de l’amirauté impériale d’entreprendre des études scientifiques pour le département ethnologique des musées royaux prussiens à Berlin. L’expédition a fourni entre autres les descriptions très détaillées des us et coutumes, de la langue et de l’écriture de l’île de Pâques ainsi que des dessins exacts de différents objets culturels, des statues (moaïs), des croquis de maison et un plan détaillé du lieu de culte Orongo.
Le médecin de navire William Thomson a pris les premières photos de statues (moaïs) en 1886 alors qu’il visitait l’île à bord du navire américain Mohi. e
Recherches sur la dégradation de l’île (XIVe siècle/XIXe siècle)
L'aspect de l'île frappe actuellement par l'absence de forêt. Cela n'avait pas toujours été le cas : les premiers explorateurs européens décrivent la présence de bois. Il existe de nombreuses traces de racines et de noix d'un palmier, le Paschallococos disperta. Sur les 900 statues (moaïs) présentes sur l’île, à peu près la moitié gisent inachevées dans la carrière principale. L’arrêt précipité évident de leur production laisse supposer qu’un évènement exceptionnel a mis fin aux us et coutumes de l’île. Les dernières recherches archéologiques, notamment l’analyse des pollens contenus dans les sédiments ou des restes de repas, prouvent que l’action unique de l’homme n’a pas suffit à déforester complètement l’île. Il est maintenant admis que plusieurs espèces d’arbres ont totalement disparu ou du moins leur nombre a considérablement chuté au cours d’une très courte période située au XVIIe siècle. Plusieurs hypothèses ont été émises, l'une étant la survenue d'une longue période de sécheresse qui se serait abattue sur l’île, contribuant à assécher ses ressources. Pour pallier cette sécheresse les habitants de l’île auraient fait appel aux dieux pour que la pluie revienne, ce qui pourrait expliquer la frénésie de construction des moaïs à cette époque-là, de plus en plus nombreux et de plus en plus colossaux (le plus grand qui ait jamais été érigé fait 22 m de haut et pèse 160 tonnes). Se rendant compte que les érections d’ahûs étaient vaines, les habitants se seraient révoltés contre les dieux et auraient abattu eux-mêmes leurs idoles dans un déchaînement collectif brutal, plongeant l’île dans le chaos. Une autre hypothèse est celle du rôle prédateur des rats, introduits précocement, et qui auraient mangé les noix de coco avant qu'elles ne puissent germer.
Un modèle mathématique a établi que leur population n'aurait pas du dépasser 2 000 habitants pourqu'ils puissent durablement survivre sur l'île sans épuiser une ressource qui leur était indispensable : le palmier.
La population survivante au cannibalisme avait développé de nouvelles traditions pour préserver les ressources restantes. Dans ce culte de « l’homme oiseau » — en rapanui Tangata manu — (XIVe siècle/XVe siècle, XVIIIe siècle), une course se tenait chaque année, où un représentant de chaque clan, choisi par ses chefs, devait plonger dans la mer et nager jusqu’à Motu Nui, un îlot tout près, afin de chercher le premier œuf de la saison des sternes manutara. Le premier nageur de retour avec un œuf contrôlait alors la distribution des ressources de l’île pour son clan pour une année. Cette tradition a perduré jusqu'au XIXe siècle.
Quelles que soient les raisons de son déclin, l’intervention européenne a sonné le glas de la culture rapanui. Dans son article intitulé « Du génocide à l’écocide : le viol des Rapa Nui, » Benny Peiser veut démontrer la preuve d’une auto-survivance sur l’île de Pâques lors de l’arrivée des Européens. L’article de Peiser est, de fait, une critique cinglante du livre de Jared Diamond intitulé « Collapse » (effondrement), accusant ce dernier de pseudo-science. Cependant, Peiser lui-même ignore fréquemment les faits scientifiques qui contredisent ses théories (par exemple, en niant le fait que l’expansion polynésienne a résulté en une dégradation importante de l’écosystème, fait irréfutablement attesté par des recherches archéologiques — voir aussi Henderson Island.)
Cependant, ses observations sur la dégradation des cultures après l’arrivée des Européens sont très instructives. Certains petits arbres, tel le toromiro, auraient pu parsemer certaines sections de l’île aujourd’hui largement dégradées. Cornelis Bouman, le capitaine de Jakob Roggeveen, écrit dans son livre de bord, « ... d’ignames, de bananiers et de cocotiers nous n’avons rien vu, ainsi qu’aucun autre arbre ou culture. » Or, selon Carl Friedrich Behrens, l’officier de Roggeveen, « Les indigènes présentaient des branches de palmiers comme offrandes de paix. Leurs maisons bâties sur pilotis étaient barbouillées de luting et recouvertes de feuilles de palmier. » Ceci dénote la présence de palmiers à cette époque, bien qu’il pourrait s’agir de cocotiers introduits après l’extinction des palmiers indigènes.
L’île de Pâques a souffert d’une forte érosion du sol durant les derniers siècles, très certainement le résultat de la déforestation. Cependant, ce processus semble avoir été graduel mais accéléré par un élevage intensif de moutons durant une grande partie du XXe siècle. Jakob Roggeveen rapporte que l’île de Pâques était exceptionnellement fertile, produisant de grandes quantités de bananes, pommes de terre et de canne à sucre. Lors du passage de M. de La Pérouse, responsable de l’expédition française qui visita l’île en 1786, son jardinier déclara que « trois jours de travail par an » pourraient subvenir au besoin de la population. D’autre part, l’officier Rollin écrivit, « Au lieu de rencontrer des hommes détruits par la famine... je trouvai, au contraire, une population considérable, avec plus de beauté et de grâce que je n’en avais rencontrée sur d’autres îles ; et une terre, qui, avec un labour infime, fournissait d’excellentes provisions, et une abondance assez suffisante pour la consommation des habitants.
Curieusement, un siècle plus tard, les Européens trouvèrent que l’île n’était seulement utile que pour l’élevage des moutons.
















2) ou peut on trouver les premières photo de l'île par William Thomson